Thursday, March 2, 2017



Le chef de l’opposition cambodgienne démissionne
pour sauver son parti

LE MONDE | 14.02.2017 à 10h58
Par Bruno Philip (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)


Le chef de l’opposition cambodgienne en exil a dû prendre acte des dangers qu’il faisait courir à son propre parti en se maintenant à sa tête. Sam Rainsy, 67 ans, symbole de l’opposition au régime du premier ministre Hun Sen depuis une vingtaine d’années, a annoncé, samedi 11 février, qu’il démissionnait de ses fonctions de président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC).
En choisissant de s’effacer, pour l’heure, de la scène politique khmère, Sam Rainsy a en quelque sorte pris les devants. S’il a dû se résoudre à cette décision lourde de conséquences pour sa formation avant l’échéance des élections municipales de juin, c’est parce que le gouvernement cambodgien s’apprête à faire passer au Parlement un amendement permettant de dissoudre tout parti politique dirigé par un responsable étant ou ayant été sous le coup d’une décision de justice.

Règlements de comptes

C’est le cas de Sam Rainsy, condamné in absentia en décembre 2016 à cinq ans de prison pour complicité dans une sombre et complexe affaire de falsification d’un traité frontalier entre le Vietnam et le Cambodge. L’un de ses collègues, le sénateur Hong Sok Hour, responsable du « post » malencontreux sur le compte Facebook de Sam Rainsy d’un accord bilatéral, vieux de trente-sept ans, avait été condamné à sept années de prison en novembre 2016. Les ténors de l’opposition ont dénoncé des règlements de comptes politiques fomentés par une justice aux ordres de Hun Sen et de son clan.
Au pouvoir depuis trente-deux ans, cet ancien transfuge khmer rouge, dont la famille s’est considérablement enrichie au cours de son règne, semble plus que jamais déterminé à décapiter l’opposition avant le scrutin communal de juin et surtout celui des législatives de 2018. Il a peut-être des raisons de s’inquiéter : lors des dernières élections, en 2013, le Parti du peuple cambodgien (PPC), sa formation, avait marqué le pas au profit du PSNC.

« Acte de dévotion »

Depuis Paris, où il est en exil depuis 2015, Sam Rainsy, qui jouit de la double nationalité franco cambodgienne, juge que sa « démission surprise prend de court » le parti au pouvoir à Phnom Penh. « N’ayant pu diviser mon parti, [Hun Sen] cherche maintenant à le dissoudre en toute hâte, à moins de quatre mois des élections communales qu’il est sûr de perdre, comme il est sûr de perdre les élections sénatoriales de janvier 2018 et les élections législatives de juillet 2018 », précise-t-il au Monde dans un courriel.
A Phnom Penh, les responsables de la formation de Sam Rainsy ont salué l’« acte de dévotion » du président du PSNC, qui a réussi par cette manœuvre à éviter la « démolition » du parti. L’actuel vice-président du parti, Kem Sokha, en assurera la direction. Sam Rainsy se dit confiant quant à la perspective d’un « début de transition démocratique à la birmane » que pourrait sanctionner la victoire du PSNC lors des prochaines élections. Et tout indique que sa démission n’est qu’une décision tactique n’annonçant en rien son retrait définitif : « Je reste, assure-t-il, le symbole national et international de la résistance contre la dictature de Hun Sen. »
Par Bruno Philip (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)

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